En tirant à bout portant sur un policier qui l'a surpris en plein deal, un homme risque maintenant beaucoup plus que quelques mois de prison pour trafic de zamal. La scène s'est passée dans la nuit de samedi à dimanche, à Saint-Pierre.
L'homme n'a pas hésité une seconde à s'en prendre à l'intégrité physique d'un flic venu interrompre le petit trafic entre amis. Trois coups de feu sont partis, dont deux ont atteint le gilet pare-balles du fonctionnaire, qui s'en tire sain et sauf. L'acte est d'une gravité exceptionnelle et même s'il est isolé, semble bel et bien traduire une gradation de la violence dans les pratiques de la délinquance locale.
Un peu avant 1 h 30, deux véhicules banalisés sortent du commissariat de police. Près du pont de la rivière d'Abord, le policier remarque le manège suspect d'un groupe de quatre individus. Il poursuit son chemin comme si de rien n'était, prévient le second véhicule de patrouille, demande à ses collègues de le rejoindre et amorce un demi-tour, sirène actionnée, pare-soleil rabattu.
Alors qu'il sort de sa voiture, l'un des quatre jeunes vient vers lui, armé d'un cutter. L'individu tente d'en porter un coup au policier qui esquive et réplique immédiatement en lui lançant un grand coup de pied au niveau du genou. Le balayage expérimenté du policier, rompu à ce genre de techniques d'intervention, a produit son petit effet ; le destinataire du coup s'effondre par terre, hurlant de douleur. Passé le bref instant de stupeur qui suit cette réplique, l'un des trois jeunes réagit alors en brandissant une arme à feu en direction du policier. Trois coups partent, tirés pratiquement à bout portant. En plein coeur et au niveau de la hanche gauche. Le troisième ne semble pas l'atteindre. C'est au tour du policier de s'effondrer à terre, rendu groggy par les coups absorbés par son gilet. Dans le même temps, la seconde voiture de police arrive sur place. Les hommes se portent immédiatement au secours de leur collègue, à terre. Parallèlement, ils voient disparaître les quatre individus. Deux enfourchent un scooter, et remontent la rue Auguste-Babet. Les deux autres empruntent un chemin qui rejoint la voie rapide enjambant la rivière d'Abord. Un peu plus haut, le second scooter s'évanouit dans la nuit.
Une fois extraits et examinés, les plombs semblent provenir d'une arme de type 22 LR. Surtout, les policiers comprennent le déchaînement de violence qu'a dû affronter leur collègue : sur place, ils retrouvent un sac à dos. A l'intérieur, huit rouleaux de zamal fraîchement coupés, au coeur de la transaction du quatuor. Dans l'une des poches, diverses pinces plates et coupantes. L'attirail du délinquant de base, à ceci près que l'un d'entre eux était porteur d'une arme à feu, et qu'il n'a pas hésité à s'en servir contre un policier. Un flingue pour un deal.
La tentative d'homicide volontaire d'un policier est tout simplement passible de la perpétuité.
Pierrick Chatel