Le doyenne de la Réunion est partie sans faire de bruit, hier matin vers 6 h 15, alors qu'elle dormait paisiblement dans son lit de la maison de retraite de Saint-Louis où elle résidait depuis 1993. Julia Sinédia avait déjà plusieurs fois signifié sa volonté de ?monter au ciel?. Aujourd'hui, la grand-mère de tous les Réunionnais repose en paix au côté de son mari.
?Il y a un grand vide maintenant qu'elle n'est plus là, confie Rosine, 77 ans, pensionnaire de la maison de retraite depuis 4 ans. Tout le monde l'aimait ici, elle nous manque beaucoup.? Rosine garde le souvenir de cette souriante qui se rendait très souvent à la messe femme et qui aimait lire les prières, vêtue le plus souvent d'une robe à fleurs et qui ne quittait jamais son chapeau. Julia aura également marqué durablement la mémoire des employés de la maison de retraite comme Fabienne Mardenalom, cadre de santé. ?Toute l'équipe a été marquée par sa disparition, c?était une femme pleine de gentillesse et de compassion envers ses voisins de chambre. Elle les réconfortait souvent, le malheur des autres passait toujours avant le sien. Elle était très affectueuse avec les gens et aimait leur embrasser la paume des mains. C?était aussi une femme joyeuse, qui adorait danser et rire avec les autres.? Son âge et sa personnalité attachante ont fait qu'elle était un peu ?chouchoutée? par le personnel qui lui passait bien volontier ses petits caprices. Mais après tout, qui aurait pu refuser un bonbon ou un morceau de manioc à la doyenne des Réunionnais ? Cultivée, Julia lisait quotidiennement ?son? journal auquel elle était abonnée, elle utilisait pour cela une grande loupe, ce qui faisait sourire son entourage.
Une vie sur trois siècles Née Marie-Julia Latour mais inscrite Cazour à la suite d'une erreur de l'employé de l'état civil, le 12 juillet 1892 à Saint-Louis, elle a grandi dans le quartier de la Gare où elle a travaillé et habité jusqu'en 1993. Après un apprentissage chez les religieuses où elle a apprit à lire, à écrire et à compter, Julia épouse Pierre Sinédia en février 1915 et de leur union naissent deux enfants, Augustin et Bernadette, aujourd'hui disparus. D'abord embauchée comme bonne dans les riches familles de la ville, elle devient ensuite lingère à l'hôpital de Saint-Louis. Grand-mère de tous les Réunionnais du haut de ses 113 ans, le fait était avéré, Julia mettait un point d'honneur à assurer, à qui voulait l'entendre, qu'elle était également la doyenne de tous les Français. Et cela malgré les quelques ?zoreils? nés avant elle... Hier, le 6 octobre 2005, Julia s'est retirée mais laisse tout de même derrière elle une trentaine de descendants.
Pierre Verrière