Pour la deuxième fois cette année, les habitants de l'île ont senti le sol trembler sous leurs pieds pendant plusieurs secondes, hier après-midi. Un phénomène sans caractère inquiétant et sans lien avec l'éruption du piton de la Fournaise attendue depuis un mois et demi maintenant. Il témoigne de réajustements périodiques de la croûte océanique sur laquelle s'est édifiée notre île.
Il était 15 h 21, hier, lorsque des habitants d'un peu toute l'île, sauf la région ouest semble-t-il, ont senti la terre frissonner. Ils n'avaient pas rêvé : l'observatoire volcanologique a bel et bien enregistré un séisme, d'une magnitude 2,2 sur l'échelle ouverte de Richter. Localisé à l'aplomb du piton des Neiges - dont ce n'est pas un signe de réveil, autant le préciser ! - il s'est produit à une dizaine de kilomètres de profondeur sous le niveau de la mer. La secousse a été ressentie dans de nombreuses régions de la Réunion.
La Réunion, dont seulement 1/32e du volume total émerge de l'océan Indien, est un édifice de plus de 7 000 mètres de hauteur au total (4 000 m immergés + 3 000 m au-dessus de la surface de la mer), ce qui en fait une des montagnes les plus hautes du monde. D'ailleurs, si l'on tient compte de la partie de l'île déjà enfouie dans la croûte, ce n'est pas 1/32e mais seulement 1/100e de la masse de l'île qui émerge de l'océan ! Sous cette masse, la croûte océanique qui existait bien avant la naissance de l'île ploie peu à peu, un phénomène désigné sous le nom de "flexure lithosphérique". Mais cette pression exercée ne peut se prolonger impunément : de temps à autres, la limite de résistance de la croûte est atteinte, comme pour un élastique sur lequel on tirerait trop fort. Alors, elle "casse", libérant de l'énergie sous forme d'un séisme. Et la Réunion s'enfonce ainsi peu à peu, un phénomène appelé ?subsidence? (affaissement).
François Martel-Asselin